Avertissement

Nous sommes un & indivisible comme cette République à laquelle nous sommes attachés ! Ces nous relèvent du pluriel de modestie. Exploit d’autant plus extraordinaire que, comme cela a été mentionné, cette modestie reste légendaire !

En premier lieu, cet exercice, commun à tous les sites personnels, s’avère ici fondamental, car sa lecture éclaire le contenu de la plupart des pages & des textes présentés. En second lieu, que cela soit évident, même quand une personne me précède, je ne la suis pas : en toutes circonstances, j’ai, toujours, suivi, & je suis, toujours, uniquement, mon chemin de petit bonhomme & je reste moi-même !

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Introduction

Pour commencer, il nous faut dire qui parle, ou pour utiliser l’hexagonal d’où nous parlons, en un mot, nous décrire afin de préciser notre contexte de méditation. Car notre compréhension du monde repose sur une réflexion & sur une expérience. Certains de nos propos nous dépassent largement & sont acceptables par tout citoyen censé ; d’autres, plus surprenants, mais pas forcément moins vrais, ne sont appréciables qu’en tenant compte de la personne qui les écrit.

Nous aurons, allègrement, dépassé le demi-siècle d’existence lorsque vous nous lirez. Nous n’avons cependant pas l’intention de raconter notre vie : plutôt banale, elle ne présente pas grand intérêt ; & bien que nos états d’âme n’intéressent que nous, il nous arrivera, quelquefois d’en exposer, si nous les jugeons éclairant pour notre propos. Certains éléments de notre conception du monde étant fortement influencés par notre personnalité (01), nous la décrirons également. Conscient du peu d’intérêt, pour autrui, de ces informations, nous n’insisterons ni sur l’une ni sur l’autre & nous tenterons d’en rendre la lecture le moins désagréable possible.

Certains éléments de ma conception du monde étant fortement influencés par ma personnalité. Comme toutes les personnalités, elle est unique, cela ne dit pas qu’elle soit intéressante, ou importante. Je suis certain de mon unicité, beaucoup moins, de mon importance. De fait, conscient du peu d’intérêt, pour autrui, de ces informations, quand je mentionnerai l’une ou l’autre (vie ou personnalité), je n’insisterai ni sur l’une ni sur l’autre & je tenterai d’en rendre la lecture la moins désagréable possible.

Nous sommes, donc, nés, il y a cinquante ans à Arles, en terre provençale, d’un père manœuvre léger que les lourdes tâches n’effrayaient pas (02), raison pour laquelle, il partit en retraite ouvrier qualifié de niveau trois, ne ratant la maîtrise (03) qu’à cause de son engagement syndical en mai 1968, & d’une mère travailleuse familiale (ADVF en hexagonal) (04) qui abandonna son activité salariée, pour élever son premier enfant, & ne la reprit qu’à l’adolescence du second.

La famille ne roulait pas sur l’or ; ayant une fragilité pulmonaire certaine, nous avons contraint notre père à se construire une maison salubre, les logements insalubres, occupés de notre naissance à six ans, ayant généré de l’asthme. Nous étions probablement les plus fauchés du quartier, mais nous avons eu, notre frère & nous, une enfance heureuse, au cours de laquelle notre agressivité naturelle a pu pleinement s’exprimer. Si, aujourd’hui, nous sommes, tous deux, plutôt bien dans notre tête, nous pense le devoir beaucoup à cette enfance.

Bien que nous ne soyons ni Noirs, ni Arabes, ni Berbères, ni Gitans, ni Asiatiques, nous avons beaucoup souffert du racisme. Nous sommes Caucasiens avec des cheveux de moins en moins noirs & des yeux marron. Avant, disons, 1968, les têtes de Turc (05) des stupides Français de pure souche (06) n’étaient ni les Africains, ni les Arabes, ni les Gitans, mais les Italiens & les Français d’origine italienne ; notre père était un fils d’immigrés sicilo-napolitains, naturalisé à l’âge de dix ans, alors que notre mère appartient à une vieille famille d’ouvriers agricoles provençaux (07). Notre grand-père paternel, que nous n’avons pas connu, était colporteur, notre grand-père maternel, cantonnier ; nos grands-mères s’occupaient de leurs huit enfants respectifs.

À cause de ces injures (08), nous avons cassé des bras, fendu des têtes, fêlé un pied (09) & bousillé une paire de lunettes, nous devions avoir sept ans & demi ; c’était notre première paire, du type dit Sécurité Sociale (10); ceci nous valut une raclée plus mémorable que d’autres, car bien qu’elle ait été intégralement remboursée, il fallait en faire l’avance. Nous sommes restés viscéralement antiracistes & la haine, qui nous habitait alors, ne nous a jamais quitté, confortée par une seconde injustice : voir des camarades incapables d’apprécier les cadeaux dont ils étaient couverts à l’occasion des anniversaires & des fêtes, alors que nous, qui aurions su en jouir pleinement, en avions peu, & jamais ceux, trop onéreux, que nous voulions.

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Quelques notions historiques

Nous avons reçu beaucoup de raclées dans notre enfance, la plupart étaient probablement méritées, la plus ancienne dont nous nous souvenions s’étant produite alors que nous n’avions pas encore trois ans, la dernière alors que nous en avions treize ; nous avons gardé les souvenirs des rêves vengeurs qui les accompagnaient inévitablement & nous refusons, toujours, de manger des haricots verts, car trop de punitions s’y rattachent.

Nous avons hérité de notre père, &, semble-t-il, de nos grands-pères, une certaine avarice de compliments & un esprit critique acéré ; de notre mère, nous avons l’humour dévastateur & l’ironie féroce ; les quatre étant renforcés par une curiosité insatiable, une culture encyclopédique & lacunaire, un cynisme à toute épreuve, une haine aiguë de la bêtise & une grande joie de vivre. Nous n’en dirons pas plus sur nos défauts : un livre entier n’y suffirait pas.

Nous avions une petite villa, 64 m², dans un petit terrain, 300 m², mais ni voiture ni télévision. Nous ne remercierons jamais assez nos parents pour ce choix de vie : nous ignorons dans quel état nous aurions grandi dans des taudis ; nous avons, ainsi, appris à vivre sans prothèses culturelles.

Tous les soirs, nous écoutions France-Inter, en famille, en lisant, en nous concentrant sur l’émission ou en jouant à des jeux de société : belote, rami, dames, petits chevaux, etc.

Étant aussi curieux que turbulents, nous avons eu la chance que trois de nos tantes maternelles aient l’idée de nous offrir l’encyclopédie Tout L’Univers qui se publiait sous forme de fascicules hebdomadaires. Ce fut une révélation, nous ambitionnions de tout connaître, cruelle fut la déception ! Au point que, quand elle se produisit, le jour des inscriptions en première année de Faculté, dans la grande salle de la bibliothèque universitaire de Droit d’Aix-en-Provence, au moment où nous réalisâmes que nous n’arriverions jamais à lire, en un an, tous les usuels placés sur les rayonnages, alors qu’ils ne représentaient qu’une infime part des ouvrages stockés en cet endroit, alors qu’il n’y avait là, rien de relatif à la littérature, ni aux sciences, nous décidâmes de renoncer à nos études. Renoncement qui ne dura qu’une année.

À l’école primaire, nous étions dans les derniers lors de la première composition mensuelle, puis, après une raclée rectificative, premier ou second jusqu’à la fin de l’année. Nous adorions l’Histoire & la Géographie, il fallait apprendre par cœur de courts paragraphes ; la peur de la fessée stimulait de façon spectaculaire notre mémoire. Nous avons renoncé, dès que nous l’avons pu, au par cœur, si étroitement lié à la douleur.

À l’époque, le lycée allait de la sixième à la terminale & il n’y avait que deux filières : classique, pour l’élite (français, latin, grec) & moderne pour les autres (mathématiques, sciences & techniques). La sélection se faisait à la fin du premier trimestre de la sixième ; bien que nous ayons été parmi les meilleurs, notre père refusa de nous faire suivre des études classiques ; même si, aujourd’hui, nous trouvons ses raisons mauvaises, nous l’en remercions, car nous avons, ainsi, échappé à l’étouffoir parcœuresque de la culture classique. Nous étions fantasques & turbulents, avec des résultats irréguliers, alternant l’excellence & la médiocrité (médiocre signifie moyen !), perturbés par une sexualité précoce, mais pas au point de ne plus travailler.

C’est au cours de la classe de sixième que s’est manifestée, pour la première fois, une tendance forte chez nous : satisfaire nos besoins sans savoir si nous avons les moyens de les financer ; ce qui nous a, parfois, placés dans des situations ennuyeuses. Nous avions alors un demi-franc (≈7 cents) d’argent de poche hebdomadaire, gagné en faisant, tous les jeudis, les courses pour notre grand-mère paternelle qui ne se déplaçait qu’avec difficulté. À cette époque, le SMIC devait être à moins de 700 F (≈106 €), le croissant de boulanger à 25 centimes (de franc, bien sûr !), la tranche dorée (tranche de pain grillé recouverte d’un glaçage de sucre) à 15 centimes, l’on trouvait des bonbons à 1 ou 2 centimes (toujours de francs) & il n’y avait pas grand-chose d’autre à acheter, si l’on excepte les illustrés comme Akim, Bleck le Roc, Buck John, Le Fantôme & Mandrake ; Pilote, Spirou, Tintin & même Vaillant, ancêtre de Pif, n’étaient pas dans nos moyens ! mais il y avait des chantiers, des ruisseaux, des fourrés, des terrains incultes à proximité ! Nous acquîmes, avec la complicité d’un libraire compatissant, notre premier livre, à crédit, mais sans intérêt : le Contes & Légendes du Japon valait 6,50 F (≈1 €) & nous remboursions un demi-franc par semaine ; cela dura jusqu’à la découverte, par nos parents, du livre & du pot aux roses ; les cuisses, les bras, les fesses & les joues nous en cuisent encore.

Nous avons toujours cherché à progresser, mais nous avons cessé dès la fin de la sixième de vouloir plaire à nos professeurs, ayant été victimes d’injustices, toujours pas digérées, notamment de copies mieux notées que les notres alors que leur contenu était faux ou charabiesque, à notre goût, mais bien mieux présenté. Gauchers, nous écrivions plutôt mal ; nous sommes toujours gauchers ! Nous aimons toujours faire des maths pour le plaisir, mais, par paresse (11), nous avons opté pour un bac économique & social, nous avons terminé notre cursus avec un D.E.A. I.M.A.S.S. (équivalent à un mastère 2 avec double compétence en informatique & en sciences économiques), sans achever notre thèse de doctorat, en raison de notre désintérêt pour le sujet, & surtout de victoire mitterrandienne imprévue, à l’élection présidentielle, en 1981 :

  ⚝  le Crédit Lyonnais ayant cessé de financer l’étude, dont j’assurais, plus ou moins, la consistance mathématique & informatique ; elle portait sur la prospective du système bancaire français & les nationalisations la rendirent, soi-disant, obsolète ;

  ⚝  les caisses noires des universités étant vides ;

  ⚝  le recrutement des assistants en Sciences Économiques s’avérant bloqué, pendant un an ;

ces raisons nous contraignirent à quitter une université, que nous refusaâmes de regagner, nous amusant plus, dans l’informatique !

Notre père souhaitait faire de nous un instituteur ; personnellement, nous avons voulu être instituteur à l’école, professeur de lycée au lycée, professeur d’université, démographe, ingénieur statisticien, à l’université & nous ne sommes rien de tout cela : ingénieur en informatique, nous travaillons comme formateur d’adultes en reconversion ou en réinsertion.

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Personnalité

Nous sommes : joueur, gourmet, loufoque, curieux, amateur de casse-tête qu’ils soient ludiques ou non ; nous avons toujours horreur du hasard & de la malhonnêteté, en particulier de la malhonnêteté licite, car notre société a inventé ce fabuleux concept symbolisant, parfaitement, son irresponsabilité illimitée.

Nous vivons séparés, bientôt divorcé, d’une femme merveilleuse, que, hélas, nous n’aime plus, dont sont nées trois filles fantastiques chacune à sa façon, l’aînée plutôt scientifique, la seconde plutôt artiste & la benjamine plutôt sportive.

Le 7 décembre 1998, nous subîmes, trois décharges électriques internes destinées à faire disparaître une arythmie cardiaque. Il s’agit d’une opération bénigne, mais, si l’introduction de la sonde se fait avec anesthésie locale, les chocs ont lieu sans. Les trois secousses, une de 6 millivolts & deux de 9 (12), furent trois transformations en un morceau de viande sur un gril ; nous donnant un faible aperçu de l’horreur de la torture à l’électricité, la diogégène, elles changèrent radicalement notre perception du monde. Nous primes conscience de notre nature animale, avec une acuité extraordinaire, réalisant la prééminence de la physiologie sur le symbolique, dans les instants délicats de l’existence, quand, juste après le deuxième échec, à la merci de l’intelligence d’un professeur de médecine, interloqué par l’indifférence de ses disciples devant notre douleur (13), nous nous demandions si la tension du troisième essai augmenterait, au moment où, dans la même fraction de seconde, nous nous interrogeâmes incongrûment sur la survenue instantanée de la métaphore du morceau de viande grillée. Constatant la réussite de l’opération, nous ressentîmes l’acceptation de l’animalité, & son dépassement, comme préalables nécessaires, pour atteindre l’humanité, pour nous dézombier. Rien de rationnel !

Nous perçûmes également l’étendue de notre interdépendance sociale !

Cette perception fut confirmée à la suite du 17 août 2012, jour où nous fumes opérés d’une péritonite, dont la longue convalescence entraîna une remise en cause de notre façon de vivre.

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Sur le plan des relations sociales, nous sommes un solitaire se dispensant allégrement de la compagnie de ses semblables dès qu’il a de quoi occuper son cerveau & remplir son ventre. Notre métier, formateur, épuise pratiquement notre besoin de sociabilité, ce qui ne nous empêche pas de participer, bénévolement & épisodiquement, au comité de lecture d’une maison d’édition grenobloise : car nous en apprécions le patron, car nous lisons ainsi des textes qu’en raison de leur sujet, nous n’aurions pas regardés dans une librairie & enfin, car nous y côtoyons les femmes aussi intelligentes que charmantes y participant ! Bien sûr, nous vivons dans le siècle, sans mépris, si ce n’est pour les individus méprisables, sans haine, idem. Nous avons surtout besoin de sociabilité médiatisée : nous employons des objets ou des gadgets manufacturés, nous ne produisons ni les biens alimentaires ni les services, que nous consommons.

Nous aimons ébranler les certitudes rassises, ce qui nous vaut bien des inimitiés. On nous traite parfois de reboursiers, c’est-à-dire de personne prenant systématiquement le rebours des discours qu’on leur tient & non pas rejouant en Bourse ; cela s’avère exact, au point que nous nous demandons souvent, quelles sont nos idées précises ? Certes le travail de réflexions mené depuis 2001 nous incite à nous poser moins souvent cette question, mais nous la remplaçons par une interrogation sur la perennité des positions retenues !

Notre façon de vivre dérange la plupart de nos relations, bien qu’elle n’ait rien d’extraordinaire, elle s’avère même spartiate : nous sommes un ascète hédoniste. En d’autres termes, nous nous soucions peu du confort, du paraître, afin de pouvoir combler nos plaisirs, & même cette satisfaction peut sembler drastique, à des yeux inavertis qui se bloqueraient sur l’absence de télévision, de voiture, etc.

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Bien que ne connaissant, ni le latin, ni le grec, bien qu’ayant horreur du par cœur, bien qu’ayant peu de goût pour les grands auteurs & les grandes hauteurs, nous nous estimons cultivés même si notre culture repose sur d’autres outils que ceux, précités, de la culture classique.

  ❖  Certes, la lecture est notre activité préférée, suivie de près par la résolution de problèmes factices (casse-tête, jeux de réflexion abstraits, jeux de lettres) ou réels (informatiques en particuliers) & par la gourméterie active. Nos lectures sont extrêmement variées, composées de deux tiers d’ouvrages distrayants & d’un tiers d’ouvrages réflexifs, autrement dit de réflexion ; ce qui, en temps, doit faire, approximativement, moitié-moitié ; elles couvrent des domaines comme la philosophie, la sociologie, la psychologie, l’économie, l’écologie, l’informatique, la vulgarisation scientifique, la gastronomie, la science-fiction, les fantasies, le roman d’énigmes & celui d’aventures palpitantes (RAP) ou historiques, de nombreuses revues, quelques classiques : Boule, Merle, Hugo, Balzac, Rabelais, Molière, Racine, du Bellay, Voltaire, Yourcenar, Jarry, Allais, Vian, Bordage, Mann, Hesse, Musil, Kafka, Nietzsche, Asimov, Carroll, Christie, Wilde, Huxley, Tolkien, Piersig, Pratchett, Dante, Calvino, Sciascia, Eco, Dostoïevski, etc.

  ❖  La gourméterie, plus que la gastronomie, réservée à la bourgeoisie (14), constitue notre troisième centre d’intérêt. Nous évoquons là les joies ineffables procurées par la préparation jubilatoire des plats & par leur dégustation quasi sacralisée ; la présence de convives est pour nous une amélioration, mais pas une nécessité, bien qu’il nous soit infiniment agréable de partager ce bonheur.

  ❖  Résoudre des casse-tête abstraits (tels les tangrams, les puzzles, les mots croisés ou fléchés & les taquins) ou concrets (tels les problèmes informatiques), affronter des joueurs subtils (15), créent des joies, toujours renouvelées, proches de l’extase mystique, pour l’expérience que nous avons, quasi orgasmiques (avec une intensité est plus faible, mais une durée beaucoup plus longue), &, quelquefois, des peines, quand nous jouons mal.

  ❖  Depuis juillet 2001, nous écrivons avec délectation nos nouvelles pensées lors de leur survenue &, occasionnellement, des réflexions plus approfondies sur des thèmes qui nous importent.

  ❖  Nous allons peu au cinéma, non par manque d’intérêt, mais par choix, le mode de diffusion cinématographique demande de la patience ; quand il sort dix films du siècle par an, il faut laisser au temps l’écrémage. Nous écoutons beaucoup de musique, sans grande préférence de style, même si nous essayons, prioritairement, de développer nos connaissances en musique classique. Musicalement & plastiquement, nous rejetons, presque complètement, ce que l’on nomme l’art moderne, car, pour mille travaux, un seul est esthétique. Nous tentons d’assister à des concerts quand nous le pouvons. Bien que n’ayant pas de téléviseur, nous regardons certaines séries télévisées enregistrées sur dévédés, donc, sans publicités intempestives. Nous nous intéressons à la calligraphie même si notre expérimentation ne s’avère guère concluante !

  ❖  Le dernier de nos instruments culturels : l’humour, relève de l’art le plus délicat, en raison de la difficulté de placer un trait d’humour, même grossier, avec finesse. Tout cela nous procure de grands plaisirs & suffit pour l’emploi de neurones que notre travail ne ménage pas.

  ❖  La culture associe ascétisme & hédonisme ! & nous sommes un ascète eudémoniste ! or sans ascétisme, il n’y a pas de dépassement possible, & sans épicurisme (16), le dépassement devenu autoréférent désocialise (17), c’est le triste idéal érémitique, mais ce n’est pas le nôtre !

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Connaissant nos qualités & nos défauts, nous essayons, après avoir oublié les poutres dans l’œil de notre voisin & le fétu de paille dans le nôtre, de regarder le monde qui nous entoure, sans haine ni passion, afin de le comprendre ; afin de minimiser l’arbitraire, nous tentons de conforter nos idées, par d’autres analyses que les nôtres, dans la limite de nos moyens intellectuels. En d’autres termes, nous espérons ne pas commettre de contresens dans nos lectures, dans notre écoute, mais nous assumons nos éventuelles erreurs de compréhension. Cet appui peut être négatif ou positif, selon que nous nous entendons, ou non, avec l’auteur ou le locuteur. Même si nous nous accordons moins souvent que nous ne nous opposons, au point d’avoir, quelquefois, la déprimante impression d’être seuls à partager notre conception du monde, nombreux sont ceux dont les écrits ont aidé nos analyses.

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Bien qu’antiraciste viscéral (18), nous avons constaté que :

  ⚝  d’une part, il n’y a d’égalité individuelle ni physiologiquement ni culturellement ni économiquement :

  ➀  les inégalités physiques & intellectuelles, signifient qu’à raison de notre patrimoine génétique, de notre héritage sociologique & de notre autoconstruction, nous avons des potentialités différentes ;

  ➁  l’éclosion, plus ou moins complète, de ces capacités latentes s’accomplit chaque jour de notre vie ;

  ➂  l’égalitarisme revient à favoriser l’éclosion des potentialités, chacun étant libre (19) de refuser ou d’accepter cet épanouissement, d’assumer ces différences ;

  ➃  l’inégalité économique entrave la réalisation personnelle des individus pauvres, lorsqu’elle ne compromet pas leur survie ;

  ➄  de plus, les cultures & les subcultures sont inégalement favorables au développement individuel, mais jamais au point d’empêcher l’éclosion du génie ; bref, il n’y a pas de peuples inégaux, seulement des individus ;

  ⚝  d’autre part, sans la solidarité manifestée par la sécurité sociale, nous serions, probablement, morts d’une crise d’asthme en bas âge ou bien nous n’aurions pu avoir de lunettes corrigeant notre myopie ; sans la solidarité manifestée par les prêts patronaux à taux d’intérêt nul & les prêts du Crédit Foncier de France, sans les dévouements familiaux, notre père n’aurait pu construire sa villa ; sans la solidarité manifestée par la scolarité obligatoire, & gratuite, & par les bibliothèques publiques, nous n’aurions pu poursuivre d’études.

La solidarité permet, non seulement, de redistribuer aux plus démunis, mais elle autorise, aussi, l’épanouissement de talents qui demeureraient inconnus sans elle. Nous ne parlons pas de nous ! Solidarité & égalité sont complémentaires & nécessaires, individuellement & collectivement. Nous comprenons, ainsi, que l’égalitarisme, pour exister, doit apporter une aide différenciée, adaptée aux besoins de chacun ; la différenciation rend possible l’individualisation, la fiscalité permet la collectivisation. Cela implique une lutte féroce contre la tentation libérale ultra individualiste, qui cassant cette mécanique, briserait notre société, pour instaurer la loi de la jungle (20) humaine, quoiqu’en disent, du haut de leurs nuages, les rêveurs théoriciens libéraux, & contre l’égalitarisme imbécile, dans lequel se complaisent nos gouvernants, aggravant les inégalités qu’ils prétendent combattre.

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Basant nos analyses, à la fois sur nos lectures & sur notre vie, nous serons amenés à répéter ou, plus souvent, à préciser les grandes lignes évoquées ici. Encore une fois, il ne s’agit pas d’affirmer notre beauté, notre intelligence & notre modestie (À l’impossible nul n’est tenu !), de raconter une vie insignifiante, mais d’expliquer, au mieux, notre compréhension du monde.

Une lecture superficielle, peut donner l’impression d’un révoltisme, les conservateurs emploient ce mot, afin de délégitimer toutes contestations virulentes ou non, sérieuses ou non. Or, ici, il s’agit de critiques à tête reposée, de constats parfois assortis de jugements de valeur ; l’utilisation d’un humour acerbe, inhérent à notre personnalité, donne à nos écrits un vernis d’indignation, alors qu’il s’agit d’une double consternation : devant le gâchis & devant l’impossibilité d’être entendu, chacun cherchant à protéger sa vision du monde, son petit confort intérieur, en se cachant derrière des stéréotypes mesquins, des poncifs rassurants ou des mots repoussoirs comme révolté, anarchiste, révolutionnaire, contestataire, etc. De façon plus générale, la manière la plus simple, pour se débarrasser d’une pensée, consiste à l’étiqueter d’une marque plus (gauchiste, marxiste, anarchiste, révoltiste, libérale, fasciste, raciste, etc.) ou moins (raciste, fasciste, libérale, révoltiste, anarchiste, marxiste, gauchiste, etc.) infamante, sans l’examiner sérieusement ; j’espère que la nôtre sera critiquée aussi rigoureusement que nous discutons celle des autres, sans subir d’étiquetages benêts. La préposition précédente ressemble à un vœu pieux !

Simple particulier, libres penseurs, nous ne nous fions pas à nos lectures, à nos auditions, à nos visionnements, pour appréhender notre société, notre fonctionnement, nos relations, notre environnement ; nous employons notre cerveau, aidé de celui de nos amis & relations, en général à leur insu, par assimilation & transformation de certaines idées ou expériences.

Bien sûr, nous sommes seuls responsables de nos idées & de nos propos.

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Notes

n01

Comme toutes les personnalités, elle est unique, cela ne dit pas qu’elle soit intéressante, ou importante. Nous sommes certains de notre unicité, beaucoup moins, de notre importance.

n02

Goscinny & Uderzo,Astérix & Cléopâtre p. 36

n03

Agent de maîtrise, ou contremaître était le couronnement de la carrière d’un ouvrier compétent, comme d’un jaune (surnom donné à ceux trahissant leurs compagnons). Les patrons, & de façon plus générale, les hommes de pouvoir, préfèrent récompenser les imbéciles serviles, plutôt que les libres penseurs intelligents ! même lorsque ces derniers leurs rendent de plus grands services.

n04

Aujourd’hui, on dit auxiliaire de vie (ADVF) !

n05

Ne pratiquant pas le politiquement correct couramment, nous ne savons pas s’il faut dire : habitant du plateau anatolien, homme doué d’une force exceptionnelle ou homme ayant une tête à claques ; nous savons seulement que l’on nous fulminait de sales ritals, injure nous aidant à supporter l’horrible rituel de toilettage, de putain de rital, insulte dont nous ignorions, & ignorons toujours, le sens, mais dont l’intonation nous faisait réagir férocement.

n06

On appelle, ainsi, si nous avons bien compris, les Français ayant un pur morceau de bois à la place du cerveau.

n07

De cet héritage populaire, provençalo-napolitain, nous avons gardé l’attachement pour une culture rabelaisienne employant les mots précis : une bite & non un sexe, une chatte & non un sexe, un pet & non un “peu” ou un vent par exemple ; les créant si le besoin s’en fait sentir ; mais nous avons horreur : que l’on emploie des mots crus, hors de propos, que l’on jure, pour des broutilles ; nous n’aimons pas non plus certaines expressions vertes, particulièrement laides, ni certaines expressions aussi affreuses que correctes. Nous en avons gardé à la fois le goût de repas frugaux : olives ou tomates avec du pain rassis frotté d’ail, figues, cerises, abricots, fruits secs ou raisins valorisés par du pain, & celui de grandes bouffes avec pâtes, viandes & fruits de mer ; mais nous avons rejeté l’habitude, typiquement méditerranéenne, d’accueillir à bras ouverts qui on assassinera dès son départ.

n08

Nous ignorions, alors, le sens du mot racisme !

n09

Nous étions plutôt violents. Nous sommes convaincus de la nécessité d’exprimer, dans l’enfance, cette violence que nous avons en nous, à des degrés divers. Maîtriser sa propre violence nous semble la base de la non-violence. La nier relève de la fuite devant soi ! Toutefois, notre instinct de survie, trop violent sans doute ! nous commande de ne jamais pratiquer la non-violence dans les premiers rangs !

n10

Nous ignorons s’il s’en vend encore, mais il s’agissait du modèle de paire de lunettes dont le prix est employé, par les CPAM, pour calculer les remboursements. C’étaient des montures métalliques, aussi fragiles que laides (C’est le souvenir que nous en avons !), à verres minuscules, rayables & cassables. Dans les années soixante, les quatre-z-yeux étant rares, on pouvait les porter (les lunettes) sans rougir de honte en comparaison de celles d’enfants plus fortunés, sans avoir besoin de les leur casser (09) !

n11

Le plaisir passait savant la contrainte : passer nos samedis & nos dimanches à travailler les maths & la physique, comme nous voyions de nombreux camarades le faire, dans les sections scientifiques, au lieu de lire ou de résoudre des casse-tête, ne nous enthousiasmait pas.
Cela ne nous empêche pas de déplorer, même si nous le comprenons, que dans un environnement, encore moins propice à l’effort, il y ait désaffection pour les études scientifiques, alors, que les activités scientifiques sont moins valorisées que les commerciales !

n12

En fait, il se peut que ce soit 6, 9 & 6 millivolts, car nous avons eu le sentiment que la troisième était moins forte que la deuxième.

n13

Cette indifférence semble nécessaire à la profession, mais l’oubli de la souffrance d’un être humain nous paraît malsain ! La déshumanisation médicale s’avère encore plus effrayante que les méandres administratifs kafkaïens !

n14

À laquelle nous n’appartenons ni par nos comportements économiques, sociologiques, politiques, ni par la mentalité, même si nous sommes coupés de nos origines populaires par une culture omniprésente !

n15

À des jeux de réflexion dont le support s’avère abstrait, comme les dames ou les échecs, & non, plus ou moins, lié à la réalité comme le Monopoly®, les jeux de guerre, de rôles ou de simulations, informatisés ou non.

n16

Dans cette phrase, & par la suite, sauf précision contraire, eudémonisme, hédonisme & épicurisme sont considérés comme synonymes.

n17

Si l’on excepte la masturbation, physique ou intellectuelle, le plaisir est social. L’asocialité de l’onanisme explique mieux sa proscription, que la perte de quelques millilitres de liquide organique.

n18

Un antiraciste viscéral n’est pas un égalitariste imbécile : nous sommes persuadés de l’existence des inégalités individuelles & de l’inadéquation des notions de supériorité & d’infériorité s’agissant d’individus ou de peuples ; il s’avère légitime d’affirmer que l’individu X court plus vite que le particulier Y, que des individus appartenant à l’ethnie A courent plus vite que d’autres, membres de l’ethnie B ; mais dire que X ou A se révèle(nt) supérieur(s) à Y ou B, relève pour nous de l’aberration complète.

n19

La notion de liberté de choix se révèle trop souvent théorique ! Les cas, où nous disposons de toutes les informations de toutes les conditions, pour choisir rationnellement & librement, sont rares.

n20

Décriée à tort, car il n’y a pas dans la jungle naturelle de massacre interne à une espèce, comme ceux dont les médias nous délectent, car elle n’est pas responsable de la disparition d’espèces.

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