Nous nous sommes entretenus avec notre auteur préféré, Michel Scifo, à propos de « Lecture, culture & fantasies », son seul essai ayant eu une édition papier.

LMR — Monsieur Scifo, pourquoi une édition papier pour cet essai moins téléchargé que « Facettes de l’individaulisme » (2 800 contre 6 200 téléchargements) ?

MSO — Ce quatrième essai traitait d’une part d’un sujet moins clivant que les précédents ; d’autre part, il me semblait plus facilement lisible. Ce dernier point a été confirmé par trois tests de lisibilité réalisés au mois d’avril 2020.

LMR — Pourquoi avoir choisi ce titre peu clair ?

MSO — Il s’agissait de répondre à une question que l’on m’a souvent posée : « Comment un intellectuel de ton niveau peut-il perdre son temps avec de la littérature de quai de gare ? » Cette question indiquait d’une part que, apparemment, mes relations mettaient rarement les pieds dans les kiosques des gares, d’autre part une conception intellectualisante de la lecture.

LMR — Dans ce cas, pourquoi restreindre cette sous-littérature aux fantasies ?

MSO — J’ouvre une parenthèse (À mon sens, l’expression « sous littérature » est synonyme de genre littéraire. Musso, Houellebeq, Djian, Pennac, etc. font partie de la sous-littérature ch…) Pour répondre à votre question, mes relations auraient pu comprendre que je lise des polars, car Georges Simenon ou Stieg Larson lui ont donses titres de noblesse. Il en est de même avec les romans d’espionnage de John Le Carré, ou avec la science-fiction avec d’Isaac Asimov ou de Frank Herbert. Mais des histoires reposant sur la magie ne pouvaient concerner que des enfants ou des adolescents attardés, comme les fans de Harry Potter !

Démontrer l’inanité de cette idée est une des raisons de la place privilégiée accordée à ces genres. La plus importante s’avérant, ma préférence incontestable pour ces genres littéraires.

LMR — Dans ce cas, il n’était pas utile d’écrire tout un livre ! Alors pourquoi ce livre ?

MSO — C’est parce que la réponse à cette question m’amena à réaliser qu’en fait la problématique s’avérait plus ample. En effet, elle englobe :

  • la définition de la culture & la culpabilité ressentie par les lecteurs de fictions divertissantes ;
  • l’opposition dichotomique entre culture & divertissement ;
  • le phénomène d’incompréhension parentale d’enfants passionnés de fantasie ;
  • & la mise en lumière de l’idéologie sous-jacente dans les œuvres !

LMR — Le livre répond-il à ces quatre éléments de la problématique ?

MSO — Il essaie d’y répondre en exposant dans la première partie une perception de la culture, de la littérature & de ses genres & en illustrant dans la seconde ces deux genres littéraires à partir de quelques exemples. Cependant, c’est la fusion de ces parties & de leurs notes de fin de volume qui fournit les réponses souhaitées.

LMR — En vous limitant à ces deux genres littéraires, ne risquiez-vous pas d’obtenir des réponses rabougries ?

MSO — Le risque est nanoscopique ! D’une part, privilégier ces types romanesques ne signifie pas ne s’intéresser qu’à eux. Je n’oublie jamais que ce ne sont pas les seules littératures m’intéressant.    D’autre part, ces genres sont très variés :

  • la fantasie héroïque comporte trois pôles entre lesquels toutes les gradations sont autorisées :
    •    le premier, celui des héros musculeux & hargneux, tel le Conan de R.E. Howard,
    •    le second, celui de la féérie de la Terre du Milieu de J.R.R. Tolkien, &,
    •    le troisième l’univers loufoque du Disque-Monde de Terry Pratchett,
    •    entre ces axes, des héros en demi-teintes trouvent leur place comme ceux de Robert Jordan, de Robin Hobb ou de Michael Moorcock ;
  • la fantasie urbaine comporte trois axes principaux & deux secondaires :
    • les loups-garous dominent dans le premier (Mercy Thomson de Patricia Briggs) ;
    • les vampires dans le second (Chasseuse de la nuit de Jeaniene Frost ou Les Vampires de Chicago de Chloe Neill) ;
    • une combinaison d’espèces surnaturelles dans le troisième (Rebecca Kean de Cassandra O’Donnel, Le Livre perdu des sortilèges de Deborah Harkness) ;
    • dans le quatrième axe, le héros est un humain ayant des capacités surnaturelles (Au service surnaturel de Sa Majesté de Daniel O’Malley ou Meg Corbyn d’Anne Bishop) ou d’une autre espèce surnaturelle (Succubus de Richelle Mead) ;
    • dans le dernier, loups-garous & vampires sont totalement absents (Scorpi de Roxane Dambre ou Cycle d’Ambremer de Pierre Pevel).

Les personnages sont, généralement, plus intéressants quand ils évoluent dans un univers complexe qui oblige leur créateur à dépasser rapidement les pantins qu’ils sont trop souvent au début de l’œuvre.

LMR — Vous nous proposez, donc, un exposé peu critique de ces genres !

MSO — Pas du tout, je remets ces fantasies en perspective avec notre époque, dont elles semblent emblématiques. Cela m’oblige à une critique attentive des livres. On peut aimer une œuvre, pour ses personnages, pour son scénario ou pour son style, & détester l’idéologie qu’elle véhicule. C’est souvent le cas avec ces deux genres.

LMR — Merci ! il ne nous reste plus qu’à vous lire !

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