Nous nous sommes entretenus avec notre auteur préféré, Michel Scifo, à propos de « Contre les explications simplistes », son premier essai. La première version date de 2001, la troisième de 2014.

Nos questions sont précédées de LMR & ses réponses de MSO

LMR — Ce livre est-il toujours d’actualité ?

MSO — Plus que jamais, car les explications simplistes sont toujours actuelles. Dire « C’est la faute des Chinois ! » s’avère plus simple que d’expliquer : « Nous savions que les Chinois minorent toujours leurs problèmes, nous aurions dû agir dès janvier ! ». Le quidam (vous & moi) a de moins en moins d’emprise sur son quotidien. Il lui est plus facile de trouver un bouc émissaire (jeunes ou vieux, extrême gauche ou extrême droite, écolos ou pollueurs, etc.) que de réfléchir à son implication dans cette perte de contrôle.

LMR — Vous critiquez, donc les spéculations complotistes !

MSO — D’une part vous faites bien de parler de « spéculations » & non de « théories » comme le font les complotistes pour faire croire que leurs élucubrations ont une base scientifique. J’ajoute «  comme le répètent tous les pisse-copie ».

D’autre part, la critique dépasse ces fadaises, puisqu’elle s’applique : aux scientifiques & aux penseurs bornés ; à tous ceux qui établisse une relation causale déterministe simple, « C’est à cause de ça ! » quand l’analyse montre la conjonction de plusieurs causes, « C’est pour toutes ces raisons ! »

LMR — Donc, pour vous aucune théorie scientifique ne peut être simple !

MSO — Pas du tout ! Toutes les théories scientifiques sont des simplifications de la réalité. Ce qui les différencie des spéculations complotistes, c’est qu’elles sont vérifiables & qu’elles nous permettent d’agir sur la réalité. Critiquer ces théories du complot, qui manifestent le refus d’accepter une réalité dérangeante, est facile. En effet, les procédés mis en œuvre ne relèvent pas de l’analyse scientifique. Ils relèvent de l’acte de foi à prétention scientifique. Elles ne diffèrent pas fondamentalement de celles démolies dans ce livre !

LMR — Pourquoi avoir choisi ces théories ?

MSO — Claude, un ami très cher, me traitait de reboursier, car, quand une personne disait « blanc » devant moi, je soutenais, systématiquement, « noir » ! C’est la prise de conscience de cet état de fait, en 2000, qui origine toutes mes réflexions ultérieures. La réalité est que je ne contredisais mes interlocuteurs que lorsque leur argumentation relevait de la catéchèse & non de la réflexion ; car, dans notre monde complexe, les explications simplistes, toujours unicausales, sont rarement pertinentes.

Plus encore que la politique, la culture, la famille & le libéralisme étaient trois de ces sujets hautement reboursables, au point que, ne sachant plus trop ce que j’en pensais, il me parut nécessaire de déterminer mon opinion les concernant. Ces réflexions mirent en lumière mon rejet des analyses sommaires. Surtout quand elles sont présentées comme des théories élaborées. D’où l’idée d’exposer mes idées à travers la critique de quelques-unes de ces théories exposées dans des livres, des pages internet ou des revues.

LMR — Quelles sont ces œuvres ?

MSO — Permettez-moi de vous remercier pour cette question ! Voici une brève présentation des dits textes.

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Culture & conte-culture de l’universitaire Jean-Louis Harouel (éditions PUF) s’avérait un succès de librairie, puisqu’il en était, en 2002, à sa deuxième édition. Il contenait énormément d’inepties, de contre-vérités & d’approximations. Tellement même, qu’il me sembla nécessaire d’en livrer une critique aboutissant sur une définition réelle & opérationnelle de ces deux mots, loin des arguties scolastiques & ultras réactionnaires de cet auteur.

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Il en est de même pour la page web d’une personne, que je connaissais pour ses opinions ultralibérales & sa malhonnêteté intellectuelle. Je l’ai surnommée alors AC, car j’en avais assez des justifications a posteriori d’un égoïsme & d’une cupidité sordides. Cela m’inspira une réflexion sur la famille, les relations familiales & sur les valeurs morales avec ou sans liens aux notions désuètes & transcendantes de Bien & de Mal.

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La lecture de La Vertu d’égoïsme d’Ayn Rand, chantre du libéralisme, m’incita à étudier le Manifeste du Parti Libertarien du Canada. L’un comme l’autre sont des exemples typiques de l’indigence de la pensée érigée en vertu quasi théologale. Ce sont des tentatives de justification morale de cet égoïsme & de cette cupidité déjà cités, comme je le montre dans la troisième partie de ce livre.

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La dernière partie de l’ouvrage s’avérait une synthèse sur l’unicausalité appuyée de quelques exemples simplistes dus à des journalistes ou à des universitaires. Après l’histoire de Philippe Muray, Le Gouvernement invisible de Laurent Joffrin & un numéro de la revue sociologique Cités, consacré à la fête servirent d’illustration au raisonnement.

Un événement humain peut avoir plusieurs causes, certaines étant déterministes (strictement déterminées), d’autres, stochastiques (détermination probabiliste) & d’autres, chaotiques (détermination chaotique) ; une partie du phénomène pouvant même être complètement inexplicable (Le comble de l’horreur serait un fait totalement indéterminé !) ; ces causes pouvant être d’importances égales ou différentes. De fait, l’explication opérationnelle d’un phénomène complexe a rarement une cause unique !

Excepté pour des phénomènes simples, se réfugier derrière une cause unique relève de la paresse intellectuelle. Essayer de convaincre autrui que cette erreur est une vérité s’avère malhonnête ! À rebours, dans nos analyses phénoménales, nous tentons, toujours de rechercher le maximum des causes existantes. Notre culture multidisciplinaire (économie, sociologie, philosophie, psychologie, politique, histoire, géographie, etc.), bien que superficielle, facilite cette démarche.

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